(not provided), Chrome et l’historique web de Google

Le (not provided), Chrome et l’historique web n’ont à priori pas grand chose à voir ensemble, mais il y a pourtant un lien avec un sujet sensible en France depuis plusieurs années, la protection de la vie privée.

L’arrivée du prince (not provided) sur son cheval blanc

Si vous travaillez dans le domaine du Web, vous n’êtes pas sans savoir que Google, le moteur de recherche utilisé pour près de 92,2% de vos recherches en France, a imposé le (not provided) à tous ses utilisateurs depuis septembre 2013 sous couvert de protéger notre vie privée notamment de la NSA et de son programme PRISM.

Pour les néophytes, le principe du (not provided) est simple : Auparavant lorsque vous faisiez une recherche via Google, le contenu de votre requête était enregistré par les différents outils statistiques existants (Google Analytics, Piwik, Xiti…) permettant au webmaster de connaître simplement les mots clés les plus tapés qui amenaient sur son site. Désormais, Google utilise le protocole HTTPS pour crypter les recherches effectuées par les internautes, rendant ainsi impossible tout tracking sur l’expression recherchée ayant permis d’arriver sur une page.

A l’heure où je rédige cet article nous en sommes arrivé à une moyenne de 79,08% des requêtes selon le site notprovidedcount.com. Ce dernier nous annonce un taux de 100% pour le 4 février 2014, ce qui n’est pas franchement engageant pour les professionnels du référencement naturel…

Plusieurs ténors du SEO et du Web Analytics ont suggéré des astuces pour contourner cette rétention d’information de Big G comme par exemple Aurélien Guiton, ou David Carle. Certains comme Julien Coquet propose même d’apprendre à s’en passer. Je n’aurais pas la prétention de vous proposer LA solution miracle et je vous invite plutôt à parcourir vos blogs SEO préférés pour y dénicher la solution qui vous conviendra le mieux.

Google et son historique web un peu plus roublard

L’aspect de la chose qui est le plus dérangeant, c’est l’hypocrisie dont Google fait preuve notamment lorsqu’on regarde attentivement ce qu’il fait de votre historique web. Les internautes avertis me répondront, « Ben t’as qu’à le désactiver… » Oui ! Bien sûr, et je l’ai fait depuis longtemps mais Mr Toutlemonde a-t-il au moins connaissance de son existence ? Et c’est bien là que le bât blesse car je n’ai, à ma connaissance, jamais vu Google mettre en avant la possibilité d’activer ou non cette option, bien qu’il explique brièvement que l’historique web est utilisée pour ses annonces publicitaires. C’est une mine d’or pour enrichir sa base de données client et mieux cibler ses publicités car c’est bien là l’objectif principal de cette fonctionnalité.

Facteurs exploités pour les annonces Google

Il ne faut pas confondre l’historique web de Google à l’historique de votre navigateur quel qu’il soit (Firefox, Internet Explorer, Safari, Opera, Chrome…hum… j’y reviens juste après). Votre navigateur conserve toutes les pages sur lesquelles vous êtes allé sur votre ordinateur, Google fait simplement la même chose mais conserve les données sur ses serveurs ! Concernant le navigateur Chrome, il est intéressant de revoir qu’en 2008 les CGU du logiciel indiquaient :

Extrait des conditions générales d’utilisation de Google Chrome :

11.1 Vous conservez les droits d’auteur et tous les autres droits en votre possession vis-à-vis du Contenu que vous fournissez, publiez ou affichez sur les Services ou par le biais de ces derniers. En fournissant, publiant ou affichant le contenu, vous accordez à Google une licence permanente, irrévocable, mondiale, gratuite et non exclusive permettant de reproduire, adapter, modifier, traduire, publier, présenter en public et distribuer tout Contenu que vous avez fourni, publié ou affiché sur les Services ou par le biais de ces derniers. Cette licence a pour seul but de permettre à Google d’afficher, de distribuer et de promouvoir les Services et peut être révoquée pour certains Services, selon les dispositions des Conditions supplémentaires applicables à ces Services.

11.2 Vous admettez que cette licence inclut le droit pour Google de rendre ce Contenu disponible pour d’autres sociétés, organisations ou individus partenaires de Google pour la mise à disposition de services syndiqués, ainsi que le droit d’utiliser ce Contenu en relation avec la mise à disposition de ces services.

En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/high-tech/google-chrome-le-nouveau-big-browser_559298.html

Aujourd’hui les CGU indiquent ceci :

8.4 La société Google reconnaît et accepte par les présentes Conditions qu’elle ne pourra acquérir aucun droit, titre ou intérêt sur le Contenu que vous ou vos concédants fournissez, publiez, transmettez ou affichez sur les Services ou par le biais de ces derniers, y compris les droits de propriété intellectuelle relatifs à ce Contenu (que ces droits soient déposés ou non, et partout dans le monde où ces droits peuvent exister). Sauf accord écrit contraire conclu entre vous et Google, vous reconnaissez être responsable de la protection et de l’application de ces droits et que Google n’a aucune obligation de protéger ou d’appliquer ces droits en votre nom.

Source : https://www.google.com/intl/fr/chrome/browser/index.html#eula

Google a donc fait machine arrière sur la récupération de nos données à notre insu (qui lit les CGU avant d’installer un soft ?), donc à priori nous sommes protégés à ce niveau.

Revenons à l’historique web conservé par Google. Je vous invite à vous rendre sur https://history.google.com/history/ pour voir tout ce que vous avez laissé traîné chez Google. Renseignez-vos identifiants Google et contemplez la mine d’or que vous avez laissé derrière vous. A ce stade, je vous propose de ne rien toucher pour le moment. Rendez-vous maintenant sur https://www.google.com/settings/ads/onweb/ et voyez avec quelle précision Google arrive à vous cerner. Plutôt fidèle à la réalité, non ?

Pour désactiver votre historique, il suffit de revenir sur la page d’historique web de Google et de cliquer sur désactiver. Pensez bien à effacer l’intégralité des données déjà présentes pour ne fournir aucune information à Google. Désactivez également la diffusion d’annonces ciblées par centres d’intérêt sur Google et sur le Web sur la page de paramètres des annonces. Attention si vous avez un appareil sous Android il faudra répéter la manœuvre sur votre smartphone ou tablette car l’assistant personnel Google Now repose sur ces données ! Personnellement, j’ai tout désactivé et ne bénéficie que des rappels provenant de Google Calendar via Google Now du style « Il est temps de partir pour aller à telle adresse » et ça me suffit largement ^^.

Conclusion

Pourquoi Google fournirait des données gratuitement à des professionnels qui cherchent à les exploiter pour optimiser leur visibilité sur le Web ? Il est financièrement beaucoup plus intéressant de les pousser à adhérer au programme Adwords pour bénéficier d’une partie des mots clés pertinents pour leur business. D’un autre côté, pourquoi se priver de créer une base de données clients hyper qualifiée pour optimiser le taux de clics de ces mêmes annonces publicitaires en se basant sur les données fournies par ses utilisateurs ?

Je ne cautionne pas les méthodes utilisées par Google en matière de respect de la vie privée et l’hypocrisie dont elle fait preuve a le don de m’exaspérer. Note pour les SEO « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » dixit Matt Cutts 😉 En revanche cela nous rappelle qu’il s’agit d’une société comme une autre qui recherche à améliorer sa rentabilité et aussi à contrôler le monde… Je regrette davantage le manque de réactivité des organisations de protection des données personnelles comme la CNIL, qui ne semble pas avoir beaucoup de poids face aux géants du Web. Qu’en est-il du projet de Viviane Reding de création d’une CNIL Européenne ? Est-ce la bonne solution ? Selon Numerama, elle pourrait voir le jour en 2014. Affaire à suivre…

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Benjamin Yeurc'h

Consultant Web et SEO à Rennes, je partage ma veille sur les réseaux sociaux dont Twitter, Facebook, Google+, Linkedin et Viadeo.

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